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La
GPA : Contribution au groupe de travail "Maternité
Pour Autrui" - SENAT - avril 2008
Fin octobre 2007, la Cour d’Appel de Paris reconnaissait
à un couple, ayant eu recours à la Gestation
Pour Autrui (GPA) en Californie, le statut de parents pour
leurs deux jumelles.
Cette jurisprudence pourrait faire sourire tant ces parents
se sont considérés comme tels depuis le premier
jour de leur projet. Cependant, elle est révélatrice
du chemin parcouru par notre société à
la fois vis-à-vis de la GPA mais, plus largement, pour
la prise en compte de la diversité des familles.
Qu’il s’agisse de couples hétérosexuels
ou de même sexe, ce sont plus de 400 familles françaises
qui ont recours, chaque année, à une GPA.
Par cette jurisprudence, la Cour d’Appel de Paris a
ouvert les yeux sur cette réalité. Une réalité
simple et humaine, alors que les lois de bioéthique
de 1994, qui interdisent la GPA dans notre pays, doivent être
prochainement révisées. Il s’agit donc
là d’un débat non seulement d’actualité
pour des raisons de calendrier législatif, mais aussi
parce que la GPA tend à ne plus être considérée
comme un tabou.
GayLib, Mouvement associé à l’UMP chargé
d’évoquer les problématiques politiques,
familiales et sociales liées à l’homosexualité,
s’est saisi de ce débat et entend bien le faire
vivre. Nous le faisons bien entendu pour les familles homoparentales
mais aussi et surtout, nous le faisons globalement pour toutes
les familles qui ne peuvent avoir d’enfant de façon
traditionnelle.
Nous estimons que le regard de la société sur
l’ensemble de ces questions évolue rapidement.
Par conséquent, avant d’attendre que le pouvoir
judiciaire ne s’en saisisse, le législateur doit
aborder sereinement et lucidement ce sujet afin d’adopter
des dispositions juridiques, médicales et psychologiques
concrètes. Celles-ci auront vocation à répondre
aux besoins des couples hétérosexuels comme
homosexuels, qui vivent dans la détresse de ne pouvoir
fonder une famille.
C’est dans cet esprit qui vise à faciliter la
réalisation de milliers de projets parentaux, et sans
que le corps de la femme ne puisse être d’aucune
façon instrumentalisé, que nous souhaitons soumettre
à mesdames et messieurs les Sénateurs quelques-unes
unes de nos réflexions et propositions. Il n’est
de plus grand bonheur que de mettre un enfant au monde et
les parents qui ont recours à la GPA en sont aussi
les témoins. Sachons leur aménager d’autres
perspectives que d’être condamnés pour
« adoption frauduleuse » ou parfois même
pour« enlèvement d’enfant ».
Eléments de langage
Parents intentionnels : sont dits « parents intentionnels
» les parents qui, pour fonder une famille, recourent
à la gestation pour autrui en raison d’une stérilité
d’origine fonctionnelle (parents hétéros)
ou structurelle (parents homos). Les termes « père
intentionnel » ou « mère intentionnelle
» sont également employés
Mère gestationnelle : est dite « mère
gestationnelle » la femme qui accepte de porter l’enfant
de parents intentionnels
Schémas possibles
En fonction des situations, la GPA peut faire intervenir 2
à 5 personnes :
- la mère intentionnelle
- le père intentionnel
- la mère gestationnelle
- une donneuse de gamètes femelles (ovocytes)
- un donneur de gamètes mâles (sperme)
Dans le cas le plus complexe (5 personnes), la mère
gestationnelle peut porter, pour un couple intentionnel, un
enfant conçu de la rencontre entre un spermatozoide
et un ovocyte de donneurs connus ou inconnus
1/ Pourquoi faut-il légaliser la gestation
pour autrui en France ?
La légalisation de la GPA dans notre pays répond
au besoin de :
• Reconnaître la GPA comme un acte de don entre
femmes, entre une femme et un couple ou encore entre une femme
et un(e) célibataire. Cesser d’envisager la GPA
comme un commerce : certaines femmes peuvent porter un enfant
pour autrui pour des raisons qui leur sont propres en raison
de leur histoire, de leur passé et de leur personnalité.
Elles cherchent à recréer cet état de
plénitude, en mettant au monde un enfant pour autrui.
Elles considèrent cela comme un acte positif et ce,
même en l’absence de toute rétribution
financière. Il n’y a pas là instrumentalisation
du corps de la femme, mais au contraire une forme de liberté
pour la femme à disposer de son propre corps (tout
comme le droit à la contraception, à l’avortement).
• Défendre la dignité et les droits des
enfants, nés par ce moyen et vivant sur le territoire
français, aujourd’hui injustement discriminés
même lorsqu’ils ont été conçus
dans des pays où la GPA est légale. Restaurer
la primauté de l’intérêt de l’enfant
en lui offrant dès sa naissance, une filiation stable
et sécurisée. Le principe de « l’indisponibilité
de l’état des personnes » est souvent invoqué
pour expliquer l’impossibilité juridique, dans
les pays interdisant la GPA, de reconnaître la mère
intentionnelle comme mère légale de l’enfant.
En France, la mère est celle qui accouche. Cet argument
se heurte au fait qu’en France, des exceptions notables
à ce principe existent dans la loi, notamment, l’accouchement
sous X et l’adoption
• Prendre en compte les études cliniques réalisées
sur les enfants nés par GPA et désormais adultes
qui confirment l’absence de problème psychologique
particulier.
• Mettre un terme à une discrimination économique
cruelle. Seuls les parents intentionnels disposant d’un
certain niveau de revenus, ainsi que d’une certaine
aisance dans les contacts internationaux, ont la possibilité
opérationnelle de se tourner vers l’un des nombreux
pays (une trentaine) dans lesquels la GPA est légale.
• Ne pas ignorer la réalité internationale
de la GPA afin de ne pas laisser des pays étrangers
décider des protocoles régissant la GPA et d’obliger
nos concitoyens à s’y soumettre.
• Proposer un encadrement légal permettant de
limiter les dérives actuelles liées à
Internet
• Envisager la GPA comme une alternative au fait que
l’adoption, en France comme dans le reste du monde,
tend à se restreindre. L’écart ne cesse
de se creuser entre les adoptions réellement constatées
(4 000 pour la France en 2007) et les candidats à l’adoption
« bénéficiaires » d’un agrément
(35 000 en France toujours pour 2007). Faut-il laisser ce
potentiel d’amour sans réponse ?
• Enfin, la GPA est parfois l’unique moyen de
procréation possible pour certaines personnes qui ne
peuvent ou ne souhaitent recourir à l’adoption,
à la PMA ou encore à la co-parentalité.
Pourquoi maintenir une inégalité dans la reconnaissance
de ces différents modes de procréation ? Pourquoi
laisser volontairement sur le bord du chemin des personnes
qui ne peuvent avoir recours à d’autres méthodes
?
Cette légalisation contribuera également à
faire régresser les derniers préjugés
défavorables à la GPA. Pour cela, il est important
de ne plus parler de « mère porteuse ».
Cette expression peut-être perçue comme une atteinte
à la dignité de la femme, voir à une
instrumentalisation de son corps. Qu’il s’agisse
de mères gestationnelles ou de parents intentionnels,
la GPA est, avant tout, à considérer comme un
don au service d’un projet parental et de la construction
d’une nouvelle famille porteuse d’espoirs, de
bonheur et d’amour.
2/ La gestation pour autrui en France : quelles modalités
possibles ?
GayLib est favorable à un encadrement éthique
et légal de la pratique fondée sur l’engagement
des parents intentionnels. Nous proposons donc les modalités
suivantes
- Quels parents intentionnels ?
La GPA s’adresse aux couples vivants, âgés
de plus de 28 ans, mariés, pacsés ou en couple
depuis deux ans ainsi qu’aux célibataires âgés
de plus de 28 ans. Ces personnes recourent à la gestation
pour autrui en raison d’une stérilité
d’origine fonctionnelle (parents hétéros)
ou structurelle (parents homos).
- Quelle mère gestationnelle ?
La mère gestationnelle peut être soit connue
soit inconnue au démarrage du processus de GPA. En
effet, une femme stérile peut trouver la mère
gestationnelle dans son entourage. Elle peut également
avoir recours à une femme désireuse de porter
l’enfant d’une autre et avec laquelle elle n’avait
aucun lien préalablement à la GPA.
Dans tous les cas, il est important que la mère gestationnelle
réponde à un certain nombre de critères
:
- être déjà mère d’au moins
un enfant vivant.
- elle devra également pratiquer un certain nombre
d’examens d’ordre médical et psychologique.
Elle devra notamment passer un entretien qui permettra de
s’assurer qu’elle a toutes ses facultés
de discernement. Elle devra verbaliser correctement la situation
et notamment le fait de devoir se séparer de l’enfant
qu’elle porte et qui n’est pas le sien, et ce
quelles que soient les circonstances. Un suivi psychologique
peut être proposé à la mère gestationnelle
au cours de la grossesse et postérieurement à
la naissance.
Les examens médicaux doivent permettre de s’assurer
qu’une nouvelle grossesse est possible, ne met pas en
jeu sa vie ou sa santé future. Il paraît raisonnable
d’envisager un nombre maximum de grossesse sachant que
ce nombre peut être moindre en fonction de la santé
de chacune. Cela implique que plus la candidate à la
GPA aura eu d’enfants pour sa propre famille, moins
elle pourra en porter pour d’autres. Toute GPA a des
conséquences sur la capacité « médicale
» d’une femme à agrandir ou non sa propre
famille. Il faut qu’elle en soit pleinement consciente.
Les examens médicaux doivent également permettre
de s’assurer que l’état de santé
de la mère ne mettra pas en danger l’enfant ainsi
conçu.
Les examens médicaux pourront se faire en amont de
la présentation du dossier au Comité d’éthique
- être en couple ou célibataire
Le couple peut être caractérisé par l’existence
d’un lien juridique (mariage ou Pacs) ou par la durée
(concubinage de plus de 2 ans). Compte tenu des conséquences
possibles d’une GPA sur sa propre famille, le consentement
du mari de la mère gestationnelle est requis.
- ne pas être en situation de précarité
financière,
- Qui choisit qui ?
Aucun contact ne peut être opéré directement
sauf dans le cas où la GPA s’inscrit dans un
contexte familial ou amical. L’intervention d’un
tiers habilité (agréée par le Ministère
en charge de la Famille, financé par cotisation (parents
intentionnels) est nécessaire. L’association
a pour objet de mettre en rapport les parents intentionnels
et la mère gestationnelle (hors contextes familiaux
ou amicaux), d’aider les parents intentionnels à
préparer leur dossier.
Le choix mère gestationnelle/parents intentionnels
est réciproque. La mère gestationnelle et les
parents intentionnels doivent être sur un pied d’égalité.
- Qui décide ?
Un Comité d’éthique appartenant à
la structure médicale (hôpital public ou clinique)
en charge de la GPA. Il regroupe des médecins, psychologues,
d’anciennes mères gestationnelles, d’anciens
parents intentionnels dès lors que la GPA est légalisée
depuis plusieurs années
L’entretien avec les psychologues permet de s’assurer
de la cohérence du projet parental et du consentement
éclairé de chacune des parties. Il est de nature
à rassurer les parents intentionnels et la mère
gestationnelle sur la compréhension et le positionnement
des uns et des autres par rapport à ce processus.
- Qui pratique la GPA : hôpital public ou/et clinique
privée ?
Dès lors que le processus est encadré par l’Etat,
rien ne s’oppose au fait que l’un ou l’autre
puisse pratiquer la GPA.
- La GPA doit-elle être prise en charge par l’Assurance
maladie?
Oui uniquement pour la partie des stricts actes médicaux
(examens préalables et frais liés à la
grossesse et post-nataux). Comme pour l’AMP, un nombre
de tentatives remboursées doit être fixé.
- Quelle convention entre les parties ?
Les engagements réciproques doivent être formalisés
dans une convention qui doit reprendre l’ensemble des
étapes du processus médical et juridique. Elle
doit être rédigée par un spécialiste
du droit habilité (notaire, avocat…). Les parents
intentionnels devront indiquer la ou les personnes qui seront
tuteurs de l’enfant en cas de décès durant
la grossesse.
Aucun délai de rétractation ne peut être
prévu. Tout le processus précédant la
signature de la convention permet aux uns et aux autres de
lever les doutes et ambiguïtés.
- Doit-il y avoir monétisation de la GPA ?
Outre les frais médicaux qui sont traités plus
haut, il paraît envisageable de prévoir l’octroi
par les parents intentionnels d’une somme d’argent
ou équivalent correspondant à :
- une indemnité minimum couvrant :
- le différentiel de salaire entre le revenu habituel
de la mère gestationnelle et les IJSS (le revenu habituel
pouvant être défini comme le revenu de l’année
précédente ou de l’année en cours
s’il est plus favorable à la mère gestationnelle)
- un forfait couvrant les frais d’habits, de garde d’enfant,
de transport en cas d’éloignement entre le domicile
et l’hôpital ….
- une assurance décès au bénéfice
du partenaire et des enfants de la mère gestationnelle.
Cette assurance étant contractée par les parents
intentionnels de la date où la grossesse est établie
jusqu’à une date postérieure à
l’accouchement. La date de fin serait définie
par le corps médical en fonction de l’état
de santé de la mère. Cette assurance serait
facultative et, dans tous les cas, proposée à
la mère gestationnelle. Elle ne serait mise en œuvre
qu’en cas de décès ayant un lien de causalité
avec la GPA.
- un versement additionnel librement consenti par les parents
intentionnels et librement accepté par la mère
gestationnelle, correspondant au préjudice d’agrément.
Il doit être plafonné (15000-20000€ si on
se réfère aux expériences étrangères).
Il pourra s’opérer via la souscription d’une
assurance-vie, ou d’une indemnité défiscalisée.
Sauf cas exceptionnel, expliqué et formalisé
dans la convention (relations familiales entre la mère
gestationnelle et les parents intentionnels par exemple),
l’indemnité minimum est versée.
En cas d’interruption de la grossesse, différents
cas doivent être envisagés :
- interruption pour raison médicale concernant la mère
: la décision appartient au corps médical :
les sommes versées à la date de l’interruption
de la grossesse sont conservées par la mère
gestationnelle,
- interruption pour raison médicale concernant l’enfant
: c’est aux parents intentionnels que revient la décision
finale d’interrompre ou non la grossesse, puisqu’ils
sont, dès la conception, les parents présumés
de l’enfant. En cas de désaccord de la mère
gestationnelle, celle-ci est réputée mère
légale de l’enfant. Les sommes versées
à la date de l’interruption de la grossesse sont
conservées par la mère gestationnelle,
- interruption à l’initiative de la mère
gestationnelle non causée médicalement : les
sommes versées sont remboursées par la mère
gestationnelle et des dommages et intérêts sont
susceptibles d’être perçus par les parents
intentionnels
- Quel lien entre la mère gestationnelle et l’enfant
?
Les parents intentionnels sont les parents légaux.
Il n’y a par conséquent aucun lien juridique
entre la mère gestationnelle et l’enfant et donc
aucune obligation réciproque tout au long de leurs
vies.
Le fait que l’enfant et la mère gestationnelle
soit ou non en contact postérieurement à l’accouchement
doit rester à la discrétion des parents et de
la mère gestationnelle
Dans tous les cas, et notamment en cas de décès
des parents intentionnels, la mère gestationnelle reste
un tiers pour l’enfant.
- Quel lien entre le donneur de gamètes (mâles
ou femelles) et les parents et/ou l’enfant ?
Les parents intentionnels sont les parents légaux.
Il n’y a par conséquent aucun lien juridique
entre le(s) donneur(s) et l’enfant et donc aucune obligation
réciproque tout au long de leurs vies.
L’instauration du double guichet permet au(x) donneur(s)
de rester ou non anonyme(s). De la même manière,
lors de l’établissement de la convention, la
mère gestationnelle peut ne pas vouloir que son identité
soit divulguée à l’enfant. Si les liens
entre la mère gestationnelle et la famille intentionnelle
sont rompus mais que l’enfant souhaite connaître
l’identité de la mère gestationnelle,
il ne pourra y avoir accès qu’à sa majorité,
sous réserve que la mère gestationnelle ait
accepté que son identité soit révélée.
- Quand les parents intentionnels deviennent-ils les parents
légaux de l’enfant ?
La convention doit prévoir que les parents intentionnels
sont présumés être les parents de l’enfant
à naître dès la signature de la convention.
Cela clarifie qui est habilité à prendre les
décisions tout au long de la grossesse (sauf si la
santé de la mère gestationnelle est en jeu)
et règle la problématique de l’enfant
naissant avec un handicap. A la naissance de l’enfant,
les parents intentionnels deviennent automatiquement les parents
légaux de l’enfant.
Cette proposition évite toute procédure d’abandon/adoption
longue et traumatisante pour tous alors que compte tenu du
contexte, elle est inutile.

Synthèse
de la commission GPA
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