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La qualité et l’utilité de toute formation politique se mesurent d’abord à son ouverture sur la société et son aptitude à résoudre les problèmes contemporains. Pleinement reconnu pour sa capacité à dénoncer les discriminations vécues par les gays et à proposer des solutions, GayLib souhaite désormais élargir le champ de ses préoccupations aux autres questions de société.

Avec la création d’un forum, notre association apportera sur l’ensemble des sujets qui intéressent la vie de la cité, une sensibilité nourrie par ses propres combats contre l’intolérance. Liberté, pragmatisme et pluralisme orienteront des débats destinés à faire progresser la réflexion dans de la majorité.

Au sein de l’UMP, GayLib souhaite apporter une contribution originale au dialogue avec la société civile. Ni limité à la « question gay », ni cantonné au périmètre classique de la droite, le Forum de GayLib pourra servir de passeur entre le parti majoritaire et une « majorité silencieuse » fatiguée du politiquement correct qui domine aujourd’hui en France la vie des idées.

Qu’est-ce qu’une « culture homosexuelle » ?

« Parler d'« homosexualité » pour les œuvres écrites avant 1869 est peut être une absurdité sur laquelle il est temps de s’interroger. On sait que le mot n’apparaît qu’à cette date, inventé par l’écrivain hongrois Benkert [...] Pourquoi la date de 1869 marque-t-elle une coupure ? Parce que l’invention du mot sanctionne une nouvelle attitude mentale ; parce que dans cette phase de développement industriel et commercial qui caractérise la seconde moitié du XIXe siècle, il n’est plus question de regarder avec indulgence une déviance qui défie l’ordre économique. [...] Il faudra attendre exactement un siècle jusqu’en 1968, pour que la parole « gay » importée d’Amérique vienne relayer l’affreux barbarisme de l’écrivain hongrois. [...] 1869-1968 : entre ces deux dates, il faut situer ce qu’on appelle la « culture homosexuelle » : [...] la culture de ceux qui, mis au ban de la société par les nouvelles lois bourgeoises, ont essayé de se ressaisir, de se comprendre, de retrouver une identité grâce à l’œuvre d’art. Culture clandestine par force, et qui oscille entre la honte et la revendication. » (p.286-289)

Libération des mœurs et de la médiocrité

« L’apologie de l’homosexualité n’est plus rare aujourd’hui, dans la littérature et au cinéma : on devrait s’en réjouir au nom de la liberté humaine, on ne peut s’empêcher de rester perplexe devant la médiocrité de la plupart des œuvres. » (p.21) L’homosexualité « est devenue un sujet en vogue, un facteur de vente, un argument-réclame. Beaucoup de livres exécrables ne sont publiés que parce qu’ils traitent d’amour entre les hommes. La « culture homosexuelle » existe bien dans ce sens commercial et bas : c’est un marché comme un autre. « Homosexuelle » à coup sûr mais « culture » ? Voilà le premier paradoxe : à l’heure où l’amour « maudit » peut s’afficher au grand jour, il se banalise, il devient non plus motif de culture mais de mode, il se complaît en description érotique qui l’apparente aux plus vulgaire productions de la sous-culture pornographique hétérosexuelle. Valait-il la peine de se battre avec tant d’énergie pour que la vie homosexuelle eût accès à la littérature si le résultat doit être cette culture subalterne ? » (p.277)

La répression comme condition de la créativité

« Depuis la « libération » des mœurs, parmi le foisonnement des romans à sujet homosexuel, on en trouverait peu qui fortifient d’un apport vraiment enrichissant l’édifice de la « culture homosexuelle » élevée pendant le siècle de la honte et de la clandestinité [...] Quel style est venu remplacer le style du malaise ? Depuis que la fierté ou tout simplement le bonheur d’être ce qu’il est a remplacé chez l'homosexuel le sentiment de culpabilité et de détresse, on ne voit pas que la joie de vivre ait donné naissance à une écriture originale. [...] La liberté de tout dire et de déballer crûment ses fantaisies érotiques serait-elle fatale à la littérature homosexuelle ? [...] La comparaison entre les œuvres nées sous la contrainte de l’autocensure et les œuvres jaillies en toute liberté permet d’établir comme une règle : il n’y a de « culture homosexuelle » que lorsque l’obligation de dissimuler l'homosexualité ou de la décrire par des moyens indirects force l’écrivain à inventer un langage allusif [...] si une telle obligation disparaît, ou si l’écrivain ne s’impose pas de lui-même une discipline, l’exhibition de ses fantasmes l’amène à utilise le langage pornographique de la plus basse littérature hétérosexuelle. »

« Expliquer » l’homosexualité

Aujourd’hui, [...] le principe même d’une « explication » me semble inadmissible. L’homosexuel est aussi naturellement ce qu’il est que l’hétérosexuel. Personne ne songe à établir la « genèse » du goût des hommes pour les femmes : alors pourquoi cette discrimination vexatoire ? »


L’homosexualité comme exigence de subversion

L’homosexualité comme exigence de subversion
« L’homosexualité n’a un rôle à jouer dans l’histoire générale de la culture que pour la fonction symbolique qu’elle exerce : comme refus de la normalité (mais pas seulement de la normalité sexuelle), comme choix de la marginalité (mais pas seulement de la marginalité sexuelle). L’homosexuel n’est pas seulement quelqu’un qui couche avec des garçons au lieu de coucher avec des filles ; c’est aussi, du moins l’homosexuel qui réfléchit sur son destin [...]) quelqu’un qui sent et pense différemment de la masse de ses semblables, quelqu’un qui se tient en retrait, qui n’admet pas les valeurs en cours, quelqu’un qui se désolidarise de son temps, de son pays, qui cherche en dehors des chemins battus par l’opinion, quelqu’un qui ne se satisfait pas de l’ordre en place et qui aspire sans cesse à un autre monde, à un ailleurs inconnu.
Mis au ban de la société, l’homosexuel est en mesure de la critiquer, d’en dénoncer les travers, les vices, les ridicules, ou simplement d’en démonter les rouages avec une lucidité refusée à ceux que l’ordre en place avantage. [...] c’est toujours à un minoritaire que revient le rôle de révéler l’étroitesse et la bassesse de l’opinion dominante. [...] Tout grand roman est l’histoire d’un homme seul ou d’une femme seule en lutte contre son milieu. L’homosexuel est donc un héros type de roman ; mais à condition de ne pas accepter la liberté érotique que lui concède aujourd’hui le relâchement des mœurs, à condition de ne pas se laisser prendre au piège de la tolérance et de l’assimilation. [...] Craignons que cette formule de « culture homosexuelle » ne serve qu’à patronner de méchantes productions ; et tenons-nous fermes au principe que l’unique critère pour décider si une œuvre peut nous aider à vivre, quels que soient nos problèmes personnels, nos frustrations, nos souffrances, doit être sa qualité littéraire. » (p.293-299)
« C’est une loi à établir, que toute dédramatisation dans le domaine moral supprime des sujets de roman et fait s’effondrer un pan de la culture. Ce qui est souhaitable du point de vue civique est désastreux du point de vue littéraire. [...] C’est une aventure qui laisse tout bête et interdit, que de se retrouver bénéficiaire d’un non-lieu [...] quand on a cru être un rebelle. Telle est la situation faite aux homosexuels aujourd’hui. » (p.385)

Les homosexuels et le pouvoir

« Une vérité profonde » : « la méfiance ou l’hostilité, que tout pouvoir inspire à l’homosexuel ». (p.149)

Relativité de la morale sexuelle

« Les Grecs n’ont jamais cherché de « causes » à l’homosexualité, on ne relève chez eux aucun effort pour l’expliquer signe qu’ils l’estimaient, tel Aristophane, aussi peu étrange que l’envie de boire, de manger, de rire. Michel Foucault, dans L’Usage des plaisirs (chapitre IV, 1), a tiré, des récents travaux des historiens sur les mœurs antiques la conclusion qui s’imposait, en disant que la ligne de démarcation morale ne passait pas en Grèce entre homosexuels et hétérosexuels, mais entre tempérants et débauchés. Ne pas savoir résister aux garçons n’était pas plus grave que de céder à l’attrait des femmes, seul le manque de contrôle de soi entraînait la réprobation. Inversement, pour louer la continence d’un homme, on soulignait qu’il était capable de s’abstenir aussi bien des garçons que des femmes. » (p.13)

Equilibre entre autorisation et prohibition

« La liberté totale du choix, l’émancipation complète du goût inné entraînerait peut être la disparition totale de l’espèce et la fin de l’humanité ; mais réprimer drastiquement l’homosexualité, si elle est inscrite dans l’homme comme un besoin naturel, provoquerait à coup sûr des désordres nuisibles à l’ensemble du corps social. [...] les Grecs, comme Freud, ont évité le double danger, et d’interdire absolument l’homosexualité, et de lui laisser occuper tout le terrain. Les Grecs lui assignèrent un rôle initiatique, provisoire, limité aux années de jeunesse, et firent de la pédérastie une sorte de propédeutique à l’état adulte et au mariage. Freud, lui aussi, reconnut à l’homosexualité de passage une place dans l’économie physique et psychologique de l’être humain, et il recommanda de la tolérer comme une étape transitoire dans le développement de l’individu. La nature se vengerait, par les conséquences désastreuses que provoque un refoulement excessif, si on ne lui payait pas, à un moment donné, son tribut. L’humanité périrait si on ne jugulait pas la nature. Jeter un interdit trop strict sur l’homosexualité mène à la névrose, au dégoût de l’existence, au suicide, au crime. L’affranchir de toute contrainte aboutirait à la suppression de la vie. La nature est homosexuelle, la culture organise la survie de l’humanité ». (p.19-20)