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Cette remarquable diversité est une grande richesse,
mais elle provoque aussi de la part de citoyens de moins en
moins "prêts-à-porter" une gène
accrue, face à une République qui leur semble
rigide, peu encline à tenir compte de leurs besoins.
Hier, la tradition codifiait de manière précise
et inchangée depuis des siècles la place de
chacun, et la manière dont doivent être conduites
les interactions entre personnes. L'histoire commune des individus
et des familles assurait un consensus social implicite. Dans
des villes de plus en plus diverses, habitées par des
gens venus d'ailleurs, aux tranches d'âges hétérogènes,
le lien social ne va plus de soi. Le choc des cultures, autant
que la souffrance d'orphelins de leur famille ou de leur village,
provoque des comportements agressifs, voire une baisse du
civisme. La crispation d'anciens face à des jeunes
n'utilisant plus les formules de politesse n'est qu'un exemple
des chocs culturels incessants ressentis dans notre société.
Malgré la granularité accrue de la population,
les français restent porteurs de valeurs communes,
et adhèrent aux principes universels de la république.
On peut y voir pour preuve le rassemblement d'une immense
majorité de français le 22 avril 2002, quels
que soient leurs partis, âge, sexe, origine, orientation
sexuelle, situation familiale ou état de santé.
L'enjeu du siècle qui s'ouvre sera pour la République
de reconnaître et tirer partie de cette diversité.
D'accueillir en son sein tous ses enfants, sans verser dans
l'apartheid communautariste, ou s'égarer dans la sclérose
discriminatoire. A l'inverse du « melting pot »
américain, notre système social ne fonctionne
pas avec des communautés séparées, et
la République ne mentionne pas sur les papiers d'identité
l'origine ethnique de ses citoyens. Les Etats Unis attribuent
les crédits fédéraux à des structures
communautaires en fonction de recensements comptant le nombre
de blancs, de noirs, d'asiatiques, de latinos. Pareille pratique
serait intolérable en France.
Comment cependant faire en sorte que chaque citoyen, dans
une République éprise d'universalisme, puisse
participer utilement à la société sans
craindre un traitement défavorable ? Comment assurer
l'égalité républicaine entre des populations
aussi différentes que les français de souche
des quartiers favorisés, et les jeunes issus de l'immigration,
parqués dans les banlieues-dortoirs ? Comment éviter
les frictions entre des familles ou personnes de religions
différentes, et surtout comment s'assurer que la République
ne cède pas à la tentation communautaire, en
favorisant la majorité, au détriment des minorités
? Comment assurer l'équité, dans une société
où les gens sont différents, sans se fourvoyer
dans l'erreur de la discrimination positive ?
Pour ceux et celles qui ont la chance d'être nés
de familles établies depuis longtemps dans notre pays,
ayant fréquenté les bonnes écoles, et
qui disposent du soutien de nombreux amis, il peut être
difficile, voire agaçant, d'entendre la frustration
de ceux et celles qui subissent chaque jour le poids de leur
différence. Il peut être tentant de rationaliser
les demandes en fourrant tout cela dans un gros sac marqué
« communautarisme », et de l'enterrer derechef
dans le cimetière des dossiers sans intérêt.
Ce serait pourtant une grave erreur, potentiellement lourde
de conséquences, à l'heure où toute une
génération black blanc beur soupçonne
qu'elle vaut mieux que les terrains de sports pour exprimer
son potentiel. L'insensibilité ou l'ignorance ne peuvent
être la justification de mauvais traitements.
Un citoyen qui souffre de la discrimination, voire de la
persécution, ne manifeste pas le moindre communautarisme
en réalisant que sa différence en est à
l'origine. Lorsqu'un noir, un asiatique, un arabe, un beur
ou un homosexuel, ou encore une femme, se voient refuser un
travail ou une promotion, voire se font insulter du fait de
leur différence, il sont victimes du communautarisme.
N'appartenant pas à la communauté majoritaire,
il sont rejetés. Il en est de même pour les personnes
handicapées que l'on ne veut pas servir dans les magasins.
C'est la même chose pour une personne âgée
que l'on éconduit sans ménagement, au lieu de
la recevoir. Il n'en est pas autrement lorsqu'une personne
se voit refuser la pratique de sa religion.
Comment s'étonner que ceux et celles qui s'estiment
maltraités cherchent à se faire entendre ? Au
nom de quoi les représentants de la République
pourraient-ils fermer les yeux sur des pratiques contestables,
sans tenter de les corriger ? Faute de remède à
cet état de fait, voire voies de fait, les victimes
chercheront naturellement à se regrouper pour assurer
leur défense, au sein d'associations ou collectifs
communautaires. Ce n'est pas en taxant de communautarisme
ces citoyens et citoyennes sans jamais les entendre, que le
problème s'en ira. Au contraire : à ne pas écouter
des gens qui ne demandent qu'à participer utilement
à la société, on crée des passionarias
dont le but n'est plus que de renverser leurs bourreaux. La
sombre défaite de la droite à Paris a moins
indiqué un vote communautariste gay, que le point culminant
des frustrations de parisiens excédés par l'obstruction
d'un régime municipal perçu souvent à
tort mais parfois à juste titre, comme sourd à
leurs préoccupations. La région parisienne est
devenue fortement célibataire, jeune, d'origine ethnique
plus variée, avec une importante population homosexuelle
dont les 600 000 marcheurs annuels témoignent. Nombre
de ces électeurs ont moins voté pour la gauche,
que contre ces mairies d'arrondissement qui les accueillaient
mal, qui refusaient les certificats de concubinage ou d'hébergement
; contre ce maire qui prétendait ne jamais recevoir
les associations ou tenir compte de leurs besoins. Peut-être
même sont-ils partis à la pêche, faute
de candidats pour qui voter, entre une gauche clientéliste
et férue de corporatisme, et une droite encore embarrassée
des excés de ses membres les plus extrêmes.
Le Parlement Européen a entamé jusqu'en 2006
un programme visant à éliminer les discriminations.
C'est l'occasion ou jamais pour la France de réinventer
son idéal d'égalité, et de fraternité.
On ne peut être libre dans un pays qui traite encore
ses citoyens de manière différente selon leur
origine, leur sexe, leur orientation sexuelle ou leur religion.
La droite, qui a su la première ouvrir le vote aux
femmes, ou comprendre grâce à Simone Weill que
leur corps leur appartenait, doit aujourd'hui continuer le
travail. Dans un esprit républicain, elle a le devoir
de s'ouvrir sans états d'âme à la riche
diversité de la population française.
Déjà, Nicolas Sarkosy a su, à la Loi
sur la sécurité intérieure, ajouter l'homophobie
comme circonstance aggravante des peines encourues en cas
de violence, au même titre que le racisme ou l'antisémitisme
(amendement Lellouche). Reste à travailler sur tout
le reste : faire en sorte que la société française
devienne adulte, et cesse de dénier la pleine citoyenneté
à ceux et celles qui sont différents. Qu'au
lieu de confronter l'autre par le rejet, elle comprenne la
nécessité de créer réellement
les conditions d'un authentique droit à l'indifférence
qui ne soit pas une pirouette, mais bien la marque du respect
et de l'écoute, dû à chaque citoyen. Le
droit à l'indifférence n'existe réellement
qu'entre français vraiment égaux, à condition
que cessent les différences de traitement. Pour cela,
il faut avoir le courage d'en débattre, avec nos valeurs,
qui sont différentes de la gauche. Les socialistes
proposent discrimination positive, quotas (rebaptisés
parité), statuts spéciaux et usines à
gaz clientélistes régentant le citoyen. Nous
devons offrir la vision moderne d'une France ouverte, libérée,
neutre à l'égard des origines ethniques, des
croyances, du sexe, de l'orientation sexuelle, de l'état
de santé. En somme, remplacer la notion archaïque
d'une société traditionaliste néo-pastorale
aux tabous infranchissables, par un concept moderne de laïcité
humaine, un véritable libéralisme pour les individus,
une bonne gouvernance, qui s'interdit l'irruption de l'Etat
dans la vie privée des citoyens.
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