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La France a eu l'immense chance dans son histoire Républicaine
d'élaborer la notion de laïcité, par laquelle
l'Etat est libéré de toute sujétion à
l'égard de l'Eglise, autant que du pouvoir aristocratique.
Les rangs sociaux héréditaires d'un système
de caste archaïque nous sont ainsi épargnés.
Pour la République, chaque citoyen compte. Un homme,
une voix. Le pouvoir est délégué à
la Nation par les citoyens. Pas par les associations, les
syndicats, les bureaux d'études, les partis ou les
intellectuels, encore moins par la famille ou les églises.
Chaque citoyen dans le secret de l'isoloir délègue
ainsi aux élus la responsabilité de le représenter.
Dommage que certains l'oublient trop souvent, préférant
la parole de soi-disant sages cooptés par leurs soins,
à la voix du peuple.
Corollaire de l'égalité, chaque citoyen est
libre de penser ce qu'il veut, et de croire ou non à
la religion qui naguère dominait la société.
A trop parler de liberté, cependant, on peut oublier
l'autre face de la médaille : les responsabilités
qui vont avec. La toute première étant le respect
de l'opinion des autres. Par essence, la liberté de
débat va avec la liberté de pensée. Ainsi,
ce n'est pas parce qu'on est en désaccord avec l'opinion
de l'autre qu'il doit être privé de la parole.
Par exemple ce n'est pas parce que d'aucuns préfèrent
la musique populaire à Mozart qu'on doit les priver
de droit de vote. Le conformisme étant cependant ce
qu'il est, les salons où l'on cause autant que les
écrans sont pleins de maîtres à penser
qui disqualifient avec entrain le bon peuple. Comme si soudain,
la cuistrerie et la pensée rosâtre unique remplaçaient
la citoyenneté. N'en déplaise aux censeurs,
pas plus les évènements de 1968 que la Révolution
de 1789 n'appartiennent à quiconque, sauf à
l'histoire, et au peuple français tout entier. Du plus
modeste agriculteur au plus brillant philosophe médiatique.
Chaque citoyen a le droit de s'exprimer, qu'il soit clerc
ou plébéien. C'est une des plus belles conquêtes
de notre République.
De la société majoritairement rurale de l'après-guerre
qui vit l'avènement de la Constitution de 1958 à
notre époque, les choses ont bien changé. Dans
les villes de ce début de IIIème millénaire,
le maire, l'instituteur et le curé ne sont plus seuls
à s'exprimer. Sur les autoroutes de l'information,
chaque citoyen peut faire valoir son opinion. Dans la vie
de tous les jours, le carcan de la tradition ne cloître
plus les femmes, et ne blâme plus comme filles-mères
des mamans célibataires aujourd'hui honorées
pour leur dignité. Il a aussi fallu beaucoup de courage
à Simone Weill pour qu'enfin le droit de disposer de
leur corps soit reconnu aux femmes, malgré les interdits
de l'église. A la manière dont aujourd'hui les
jeunes filles musulmanes se débarrassent peu à
peu du joug coutumier, nos mères et nos sœurs
se sont progressivement épanouies en laïcité.
Quel est le tout petit élément qui a changé,
en cinquante ans ? Presque rien, qui a peut-être moins
à voir avec la politique et les suffragettes du 19ème
siècle, qu'avec la culture républicaine. Il
se trouve que les femmes, à travers notamment les journaux
qui leur étaient réservé, mais aussi
la vie urbaine, qui les débarrassaient petit à
petit du poids des traditions, ont cessé d'accepter
le sort qui leur était fait. Chaque fille-mère
émigrée à la ville, reniée par
sa famille, a élevé ses enfants dans le respect
de la femme célibataire.
Combien de femmes ont franchi silencieusement les frontières,
à l'époque, pour goûter à une liberté
interdite dans leur pays ? Des familles entières ont
alors mesuré la barbarie de l'interdit qui les frappait.
Ce n'est pas tant les slogans du MLF qui ont changé
les choses, que chaque citoyenne, chaque famille qui l'entourait,
qui ont modifié notre culture. Car c'est bien cela
qui a tout changé : la culture. Pas un mot d'ordre
communautaire, mais tout simplement le comportement de chaque
femme, et de ses proches. Au lieu de se laisser abuser, chaque
citoyenne a exercé son droit à la liberté
républicaine. Notamment la liberté de penser
par elles-mêmes, sans laisser les autres décider
à leur place.
Dans notre société, il existe encore des catégories
de citoyens pour lesquels on prétend décider
à leur place, au nom de l'église ou de la tradition.
Au premier rang, les malheureux adolescent masculins un peu
trop efféminés, ou les filles un peu trop garçonnes,
par exemple. Avec une identité de genre peu en accord
avec leur sexe, certains subissent des brimades à l'école,
voire des manipulations mentales cruelles de la part de psys
ou de maîtres de conscience à tout le moins douteux.
Chaque jeune homme, chaque jeune fille qui s'évade
de province ou de sa famille pour vivre son homosexualité
au grand jour exerce simplement sa liberté de penser.
Au nom de quoi quiconque viendrait-il lui dire comment s'habiller,
avec qui s'amuser, comment et qui aimer ? Pas une République
véritablement laïque, en tous cas.
Dans l'Europe qui s'élargit, les nouveaux états-membres
doivent satisfaire à des critères sévères
de respect de la liberté individuelle et de liberté
de pensée. Ainsi, la Pologne, pourtant largement influencée
par la tradition religieuse, a dû renoncer à
ses lois homophobes. Le traité d'Amsterdam, puis le
traité de Nice, réclament tous deux un traitement
identique pour les couples de même sexe, et les unions
homme-femme. La prochaine Constitution Européenne reprendra
les mêmes dispositions. Pourquoi la France ne suit-elle
pas l'exemple pragmatique de ses voisins néerlandais,
en reconnaissant tout simplement aux homosexuels le droit
de marier ? Question de culture, sans aucun doute, autant
que résultat du statut discriminatoire du PACS inventé
par une gauche soucieuse de maintenir des inégalités
qui lui servent de fond de commerce.
Dans l'Europe de demain matin, de telles disparités
de traitement entre états modernes seront difficiles
à justifier. Ce ne sont pas les slogans communautaristes
récupérateurs, les bars de rencontre ou les
drapeaux de pacotille qui libéreront les homosexuels
du joug des traditions. Ce sont les citoyens eux-mêmes,
par leur comportement, par leur dignité, par leur bulletin
de vote. Militants gays ou élus de la Nation, philosophes,
psys et curés des plateaux télé doivent
comprendre qu'à l'image des femmes naguère,
le comportement de chaque individu, et tous ses proches, changent
la société quel qu'en soient les résistances.
Ce n'est pas en taxant de communautarisme ou en tentant de
manipuler des citoyens qui subissent la discrimination que
les homosexuels disparaîtront.
Ils sont français, pas extra-terrestres, et ne sont
pas près de s'en aller. Ainsi, la culture change sous
les pieds des puissants. Sans démagogie, mais avec
pragmatisme, la République doit reconnaître tous
ses enfants, et les élus doivent représenter
tous leurs administrés. A défaut, c'est la France
qui se déshonore.
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